Corruption, contributions aux partis politiques, et indifférence des électeurs

Les gens sont très préoccupés par la Commission Charbonneau et se scandalisent de la corruption et des magouilles faites à leurs frais. Ils ont raison, mais cela relève du passé et a été fait avec d’anciennes règles qui n’existent plus. Pendant ce temps, les gens négligent de regarder ce qui se déroule présentement sous leurs yeux et qui aura une influence sur leur avenir.

La réalité d’aujourd’hui
Dans la course aux contributions, actuellement en cours, au 16 mai 2013 (source : le site du Directeur général des élections du Québec (DGE)), c’est le Parti québécois (PQ), supposément si détesté, qui mène le bal avec 4012 donateurs, suivi du controversé Québec Solidaire (QS) avec 833 dons, puis des libéraux (PLQ) (459), de la Coalition Avenir Québec (CAQ-EFL) (327), d’Option nationale (ON) (124), du Parti vert (PV) (48), du Parti marxiste-léniniste (PML) (34), du Parti conservateur du Québec (PCQ) (32) puis d’Équipe autonomiste (ÉA) (13).

Beaucoup de gens prétendent être «écoeurés» des vieux partis, être «écoeurés» de payer; ils disent vouloir du changement. À voir les résultats des contributions, c’est difficile à croire. Par contre, c’est aussi facile de comprendre pourquoi les gens entendent peu parler dans les médias d’Équipe autonomiste ou d’autres partis émergents. Comment se faire connaître avec si peu de budget? Aussi, d’après les chiffres, c’est à croire que les électeurs qui se disent plus à droite que d’autres sont meilleurs en paroles qu’en action.

Pourquoi contribuer à un parti politique?
Que cela plaise ou non, c’est un fait que pour fonctionner et se faire connaître, les partis politiques, qui sont comme des entreprises vendeuses d’idées, ont besoin d’argent. C’est un fait aussi que ceux qui ont plus d’argent ont de meilleures chances de réussir. Le système de financement des partis politiques, grâce aux contributions venant des électeurs, vise à inciter les partis à aller vers les électeurs pour leur expliquer leur programme et les convaincre de les aider financièrement à le réaliser. En contrepartie, les électeurs ont le pouvoir de dire ce qu’ils pensent et ce qu’ils veulent, aux partis qui viennent les voir. Après discussions, l’électeur a le choix de contribuer ou non à ce parti politique et les partis savent ce qu’ils doivent faire pour avoir la faveur des donateurs. Le processus de contribution constitue donc une occasion pour les électeurs d’influencer les partis politiques à tout moment entre les périodes électorales et non seulement le jour du scrutin. Dans ce contexte, l’indifférence des électeurs, face au financement des partis politiques, force ces derniers à se tourner vers un financement plus illicite comme celui auprès d’entreprises qui demanderont «un retour sur l’investissement».

Depuis 2010, les noms de tous les donateurs sont publics, ceci dans un but de transparence. Quand une personne donne légalement à un parti, elle s’affiche, elle se «mouille». Contribuer, c’est donc avoir le courage de ses convictions car nous montrons aux autres quel parti nous encourageons. Cela peut aussi être un message aux autres partis. En plus de leur donner de l’argent, c’est aussi une manière d’améliorer leur popularité. Plus un parti a de donateurs, plus les médias ont de probabilités d’en parler.

Nouvelles règles de contribution, nouvelle astuce de prête-noms
Les règles de contribution aux partis politiques sont changées depuis le 1er janvier 2013. Ces changements bouleversent la manière de recueillir des fonds et ce sont les partis qui s’adapteront le plus vite qui en tireront profit. Voici les plus importants changements (consulter le site du DGE pour les précisions) : 1-Le maximum par donateur est fixé à 100 $ par année (par rapport à 1 000 $ auparavant); il faut donc trouver plus de donateurs; 2-Il n’y a plus de crédit d’impôt sur les contributions; cela est plus démocratique puisque le coût net est le même pour tous, que l’on paie de l’impôt ou non; par exemple, auparavant, un 100 $ de contribution avait un coût net de 15 $ pour un payeur d’impôt, mais de 100 $ pour un sans-emploi ou une personne à faible revenu non imposables; 3-Pour compenser la perte de revenus causée par la limitation à 100 $ par donateur, le DGE bonifie les contributions que reçoivent les partis politiques; il ajoute 2,50 $ par dollar de contribution pour le premier 20 000 $, puis 1,00 $ par dollar pour le 200 000 $ suivant. Ce nouveau système permet aux partis de convaincre plus facilement les gens qui ne paient pas d’impôt de contribuer. À la limite, ça s ‘avère plus facile de trouver des prête-noms à qui on remet du comptant en leur demandant de le verser au parti. Par exemple, un 10 $ comptant donné à un prête-nom deviendra 35 $ une fois passé par le DGE.

Pour comprendre l’effet de levier de la bonification faite par le DGE, faisons l’hypothèse que l’ensemble des donateurs d’un parti a donné 10 $. En moyenne, le montant réel est beaucoup plus élevé, mais nous le réduisons pour les besoins de la démonstration. En argent, le résultat de la course aux contributions serait le suivant : PQ, 110 240 $ pour 4 012 donateurs; QS, 29 155 $ pour 833 donateurs; PLQ, 16 065 $ pour 459 donateurs; CAQ-EFL, 11 455 $ pour 327 donateurs; ON, 4 340 $ pour 124 donateurs; PV, 1 680 $ pour 48 donateurs; PML, 1 190 $ pour 34 donateurs; PCQ, 1 120 $ pour 32 donateurs; et Équipe autonomiste, 455 $ pour 13 donateurs.

Critiquer, c’est bien, … agir, c’est mieux.
On parle de changement et de mouvement de droite au Québec mais les faits montrent le contraire. On pourrait même dire que c’est une droite «fantôme» ou virtuelle. Cette affirmation ne vise pas à dénigrer ces gens, mais plutôt à les éveiller. La crédibilité, ça se développe. Nous l’avons vu précédemment, avec seulement 10 $ par donateur, nous pouvons faire beaucoup si le nombre y est. Pour ceux qui veulent vraiment du changement au Québec, contribuez à Équipe autonomiste. Et si vous hésitez entre le PCQ et l’Équipe autonomiste, donnez 10 $ à chaque, car le DGE permet de donner 100 $ à chacun des 19 partis autorisés. Ensuite, au fil du temps, vous verrez lequel de ces deux partis sera le plus à votre goût et, une fois dans l’isoloir, vous ferez bien le choix que vous voudrez. L’important, c’est d’agir maintenant car, après la prochaine élection, il sera trop tard pour vous plaindre à nouveau.

Bonne réflexion à tous!