Le garçon sacrifié, Le Soleil, 15 avril 2013, p.25

LE CARREFOUR DES LECTEURS

Le Soleil, 15 avril 2013, p.25

Le garçon sacrifié

Nous sommes en janvier, dans une école secondaire de la région de Québec. Une femme vient faire la promotion d'une journée d'information sur les sciences, qui se tiendra à l'Université Laval. À la fin de la présentation, un garçon demande si lui et ses amis peuvent y assister. Elle lui répond : «Non, c'est réservé exclusivement aux filles.» Un autre élève lève la main et dit : «C'est sexiste, ce principe-là.» L'animatrice et l'enseignante sourient et n'en parlent plus. Cette activité s'inscrit dans un programme gouvernemental qui existe depuis 1998, Les filles et les sciences : un duo électrisant.

On aurait pu adopter une formule mixte, en réservant aux filles la moitié des places, mais on a préféré aller au plus vite et au plus simple. Ce programme vise un fait bien réel : les jeunes femmes sont sous-représentées dans les sciences. À l'Université Laval, au sein de la Faculté des sciences et génie, elles ne représentent que 27 % des diplômés. Cela dit, leur taux monte à 62 % pour l'ensemble des facultés. Il faut donc souligner que la sous-représentation universitaire est généralement une condition masculine. De plus, si la Faculté des sciences et génie accueille d'armée en année à peu près la même proportion de jeunes femmes, il y a par contre, pour toutes les facultés confondues, une baisse continue de la proportion de jeunes hommes. Ce sont aussi ces derniers qui décrochent le plus, à tous les niveaux d'enseignement. Pourtant, leur absence croissante semble susciter peu d'intérêt. Ce désintéressement entraîne une tolérance, voire une banalisation des gestes discriminatoires à l'égard des jeunes hommes. Plutôt que d'améliorer leur situation de plus en plus marginale, on la laisse empirer et, même, on se vante de lutter contre la discrimination sexuelle!

Il faut dire qu'une injustice faite aux hommes n'armule pas une injustice faite aux femmes. Cependant, en poursuivant ce même principe, il faut aussi reconnaître que l'injustice est multiple et multidirectionnelle. Cessons donc de voir les inégalités femmes-hommes à travers le seul prismed'hommes oppresseurs et de femmes opprimées. Cessons également de sacrifier les jeunes sur les champs de bataille des adultes.

Guy Boivin
PeterFrost
Stéphan Pouleur

Québec

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